Au Coeur de Lune baignent mes Songes
Au Coeur de Lune baignent mes Songes



Au Coeur de Lune baignent mes Songes

  Page d'accueil
    Archives 1
    Archives 2
    Archives 3
    Archives 4
    Archives 5
    Archives 6
    Archives 7
    Archives 8
  Archives
  Livre d'or
  Contacts
 

  Souscrire
 


http://20six.fr/coeurdelune

Hébergé par 20six.fr



Conflits de culture et culture de la carotte

Lorsque deux cultures différentes voire opposées se doivent de coexister au sein d’un même environnement, la réaction est presque chimique : il y a des frictions, des tensions, voire des conflits, selon le degré d’implication des protagonistes dans leur propre culture, et leur degré de fermeture par rapport à tout ce qui est extérieur.

L’environnement est à prendre au sens très large, mais ici il est question de… Mon environnement de travail… ça y est, ça recommence, je sens le cynisme et la dérision germer dans mon esprit tel un gros bouton qui bourgeonne sur le front d’un adolescent. Bon aller Songe, du calme, t’étais bien parti là avec ta réflexion à deux balles pseudo sociologique (argh trop tard).

Et donc revenons à nos moutons. Dans mon environnement de travail, il y a deux cultures professionnelles différentes et opposées. Mes collègues et moi-même travaillons avec un esprit associatif, donc à l’exclusion de toute mentalité d’abattage ou de rendement ou encore de culture de l’objectif, principes si chers à nos grosses boîtes privées. Faisant partie d’une association à but non lucratif, ça semble d’ailleurs assez logique. Logique doublée par la nature même de notre travail : la protection juridique, la gestion de la situation administrative, sociale et financière des gens que nous suivons. Dimension humaine donc.

En face de nous, il y a la direction, avec Terminator à sa tête. Son but est simple : combler le déficit par tous moyens. Ça commence par augmenter les contrôles, et ça continue avec l’accroissement de notre charge de travail. Plus de rendement, orientation vers un système de « qualité » (au sens ISO du terme), grands discours éloquents à l’américaine. Oui oui, le genre de paroles sans fonds.

Non parce que Monsieur fait de la communication et du management, ça rigole pas ! Examinons de plus près ces horr… Heu ces merd… conner… Bref ces trucs.

En gros, pour la communication : faire passer un discours polissé de vendeur auprès des tribunaux, du conseil d’administration, de la DDASS, sur notre nouvelle organisation de travail qu’elle est trop performante et qu’elle déchire sa mère en deux. La communication ne s’attarde pas sur le fond du travail, c’est pas son problème. Ce qui compte c’est de vendre. Heu… de mettre en valeur. Donc en pratique on met en valeur un produit, un concept, une organisation, quelque chose de bien sur le papier, même si dans la réalité c’est de la couille en barres. Appliquons cette petite définition (personnelle j’en conviens) à notre chère association.

Discours com : les délégués (nous) verront leur charge de travail augmenter et devront gérer un « portefeuille » (oui Terminator parle en terme de portefeuille, ce qui a provoqué une épidémie d’urticaire dans les bureaux) de 70 dossiers. Bien sûr afin de les aider dans leur travail ils se verront assignés des assistants administratifs. Les assistants auront pour mission de les décharger de la partie purement administrative de leur travail, leur permettant ainsi d’effectuer un réel travail de fond sur les dossiers.

En réalité : Les délégués voient leur charge de travail augmenter, et il leur a été assigné un assistant (par binôme), qu’ils doivent former eux-même sur le temps de travail qu’ils n’ont déjà pas, avec beaucoup de pédagogie puisqu’il faut en plus pallier aux grosses lacunes dudit assistant. En gros ils se voient attribuer une casquette de formateur… La responsabilité de la formation du personnel est normalement dévolue à la direction, mais pas chez nous. Non, je ne m’en plains pas, non non non. Il est important d’affirmer notre différence et notre polyvalence.

 

CONNAAAAAAAARD !!!!

 

Bon d’accord je râle, j’aurais pu avoir pire comme assistante. Mes collègues du bureau d’à côté doivent gérer la fumisterie de la leur. D’ailleurs à défaut de bosser, au lieu de passer ses coups de fil perso pendant une heure, elle pourrait au moins faire le ménage. C’est vrai quoi, avec une telle brosse greffée sur la main, c’est du gâchis. Elle gaspille son potentiel.

Non, moi j’ai une assistante motivée, sérieuse, volontaire, impliquée. C’est juste qu’elle a un cerveau de poule…

Donc pour résumer cette petite explication sur la communication, en une phrase : plantez une grosse fleur sur une merde, vous verrez la fleur en premier, mais la merde sera toujours là.

Ensuite, le management. Ah ça c’est un joli mot, très américain, très tendance, et tout et tout. Bon aller, théoriquement, c’est quelque chose de très bien (comme la communication d’ailleurs). Le management c’est un ensemble de techniques, de méthodes, qui servent à organiser un service, un environnement de travail, une structure… Bon un manager le dirait mieux que moi, mais peu importe. Donc oui, théoriquement c’est bien, c’est utile, c’est bon, mangez-en (et bordel qu’est ce qu’on s’en mange).

Dans la réalité, ce sont les petites astuces et autres techniques de manipulation par le discours qu’utilise la direction pour faire passer ses idées de refonte des services et du travail (oui parce qu’il est quand même question de ça chez nous). A noter que plus l’idée proposée est bonne, moins la manipulation est nécessaire.

Donc concrètement, Terminator nous a annoncé dès les premiers instants de sa prise de fonctions, qu’il souhaitait impliquer au maximum le personnel dans ses prises de décisions, ce qui suggère un certain dynamisme de l’équipe. Très intéressant. Il organise des réunions, propose, et quand on n’adhère pas, reste à l’écoute, et cherche à contourner nos arguments, fussent-ils meilleurs que les siens. Oui parce qu’en management avec option méthode Terminator, on écoute l’autre, c’est important de témoigner un respect apparent pour contourner, minimiser au maximum les points négatifs, pour faire passer une idée. Et c’est finalement toute l’hypocrisie du procédé : « oui oui j’entends bien ce que vous dites, mais au final je fais comme je veux ».

Autre cas de figure : la direction veut modifier la configuration du poste de quelqu’un, pour des nécessités de service (mais vu leur sens pratique je doute de la pertinence de ces choix), rendant le poste en question plus contraignant. Elle va mettre en avant le fait que ce changement est un (prétendu) test, un défi à relever, que la personne a spécialement été choisie pour ses compétences et son expérience. Donc pour filer un poste pourri à quelqu’un, il faut le valoriser au maximum, et taire les défauts du poste en question.

Oui, je rappelle pour ceux qui ont perdu le fil que pour cacher une grosse merde, il faut poser une belle fleur dessus, si possible grande et parfumée. Finalement la communication rejoint le management qui rejoint l’art de la composition florale.

Donc le personnel d’une association se retrouve à faire face à un ancien directeur du management de boîte privée, obsessionnel du contrôle, de la « qualité », des réunions et des petites réformes qui rassurent. Oui parce que l’apparence, ça rassure, et le fond, le terrain, la pratique, c’est pas son problème.

Et quand il y a un conflit de culture entre le personnel et la direction, au final c’est pas à une jolie fleur qu’on a droit, mais plutôt à quelque chose de plus rugueux à insérer dans la partie la plus sombre de notre anatomie (non pas l’oreille) :

 

 

 

 

Roooo il est mauvaise langue Songe… Mais non on ne se prend pas une grosse carotte dans le cul, on suit juste un séminaire permanent visant à nous rendre plus aimable et à colorer notre teint. Oui je suis un parfait communiquant.

 

3.1.09 01:11


Instants d'éternité

[J'avais écrit ce texte il y a un peu plus d'un an, pour une amie. En le relisant récemment j'ai eu l'impression que c'était une autre personne qui l'avait écrit... Je ne sais pas si j'ai changé à ce point, ou juste pris du recul, mais j'ai l'impression qu'il n'a pas trop vieilli... ]

 

 

Il y a une évidente contradiction (ou opposition) dans cette expression : l’instant, par définition éphémère, face à l’éternité, qui ne cesse jamais (oui elle déchire ma démonstration), ne souffrant d’aucune altération, et échappe en quelque sorte à l’usure du temps… Une simple expression pour dire, tout simplement, que le temps peut s’arrêter sur un instant, ou du moins que cette instant nous procure ce sentiment.

Il y a des instants d’éternité partout, souvent, pour tout le monde, suivant notre sensibilité, nos affinités : rester blotti dans les bras de l’être aimé, ou assis au bord d’un lac, ou encore admirer une œuvre d’art… Il y a une infinité d’exemples, le seul critère est le sentiment, et la capacité à le ressentir : la sensibilité… Autrement dit cette petite chose fragile au fond de nous que les gens érodent en nous blessant, que le monde du travail considère comme une faiblesse, que l’on tente sans arrêt de dissimuler, bref, qui nous donne (enfin à moi en tous cas) l’impression de vivre dans un monde où les valeurs sont inversées…

Bon là je suis passé du début de développement intellectuellement masturbatoire au coup de gueule déguisé, revenons au sujet. Donc, et j’insiste, le temps s’arrête sur un instant, du moins c’est le sentiment que nous procure ce fameux instant d’éternité. Oui, en vérité le temps ne s’arrête pas, ou alors si vous le pensez je vous invite fortement à arrêter de regarder « Heroes » le samedi soir.

La plupart des gens ne prennent pas le temps de vivre ces instants, ils en oublient finalement que rien n’est insignifiant, que ce sont les petites choses qui dégagent le plus de lumière. En ce qui me concerne je les vis quelquefois, j’ai appris à les reconnaitre, à les cultiver. Il y en a un qui m’a particulièrement marqué, ça remonte à un peu plus de 10 ans.

J’étais en vacance en Haute Savoie (montagne donc), pendant quelques semaines au mois d’août, avec des amis. Nous étions tout un groupe un soir, au bord du lac, à discuter, rigoler, fumer pour certains, boire pour d’autres… J’ai préféré m’asseoir plus loin, à l’écart, sur les rochers. J’avais beau apprécier mon entourage, pour une raison qui m’échappait je ne me sentais pas à ma place, je n’arrivais pas à m’intégrer à un quelconque sujet de discussion, et personne ne me parlait. Personne ne me remarquait pour ainsi dire. Déjà à cette époque je commençais à me détacher de toute notion de « groupe », et je souffrais de ce sentiment d’invisibilité, mon caractère timide et introverti n’aidant pas, mais bon peu importe. Je me suis simplement assis à l’écart, et mes yeux ont lentement dérivé vers le ciel.

Vous avez déjà vu un ciel étoilé à la montagne ? Pour moi c’était la première fois et je ne sais pas exactement combien de temps je suis resté assis à admirer ce spectacle qui me transportait. Je ne sais pas si c’était parce que je me sentais proche du ciel ou loin des autres, mais tout s’est arrêté. Il n’y avait plus de discussions, de rires, plus personne autour de moi, ni même les maisons ou les voitures garées quelques dizaines de mètres plus loin… Il n’y avait que ce sol rocailleux sur lequel j’étais assis, et le ciel, dégagé, profond, tapissé d’étoiles qui ne brillaient pas toutes de la même façon ; les constellations s’alignaient devant moi, dans un balet hypnotique et pourtant immobile. Je ne savais plus si elles descendaient ou si moi je m’élevais, et je me souviens qu’il a fallu que je me reprenne pour me dire qu’elles étaient juste là haut, et moi au sol. Je me sentais toujours aussi invisible par rapport aux autres, mais à ce moment là ce genre de considération m’indifférait totalement. Il y avait juste moi, le ciel, les étoiles, si lointaines et si proches à la fois. Face à une telle immensité on se sent vraiment tout petit.

Bien sur il ne s’agit que d’un exemple, mais avec les années, de plus en plus, je me rends compte de l’importance de ces instants d’éternité, ces petits trésors, et de plus en plus je m’aperçois que le monde, les gens, tout est mal fichu… Tout nous encourage à perdre notre capacité à être surpris, à nous émerveiller.

 

3.1.09 00:55


La gestion des conflits

Voilà, on change de direction, donc de façon de travailler… On se récolte Terminator, tout droit débarqué d’une terre apocalyptique ravagée (oui si elle est apocalyptique elle est forcément ravagée, mais j’écris keskejeveu d’abord), où l’espèce humaine a été piétinée, réduite à néant.

Bref, un ancien directeur de management de grosse boîte privée quoi.

Et donc, changement de façon de travailler, syndrome de réunionite encore plus aigu, procédures informatisées, contrôles, fliquage intempestif… D’ailleurs j’ai oublié mon verre pour le test d’urine, je vais me prendre un blâme, merde !

Mais aussi : des formations. On commence par la première : la gestion des conflits.

Un grand nom çà. Assurée par un formateur en communication et médiation culturelle, bref quelqu’un qui a appris la vie dans les livres.

La gestion des conflits… Ou comment gérer son stress, ses émotions, bref ne pas exploser la gueule de son prochain sur le mur. Non mais c’est très important ! (c’est vrai quoi on a déjà un budget de merde si en plus on dégueulasse les murs).

Ce brave homme (oui il est bien brave) a donc tenté de nous apprendre à parler un langage commun, avec des notions clé, avec de limiter les risques d’incompréhension, notamment en travaillant sur l’image que l’on donne de nous à nos interlocuteurs. Travailler sur ce que l’on renvoie, le rôle que l’on se définit dans le cadre de notre intervention, sur le cadrage, le fait de sortir du cadre pour mieux y entrer de nouveau et bla bla bla. Tout ceci afin d’harmoniser nos rapports avec nos majeurs protégés.

Et donc pendant les premières séances, on ne comprenait même pas ce qu’il disait… Bon départ. Ensuite, on comprenait ce qu’il disait, mais on n’en voyait pas l’intérêt (oui il y a une once de début de progrès mine de rien).

Afin de rendre la chose plus concrète, nous nous retrouvâmes à cinq autour d’une table à devoir faire une simulation entre nous. Le résultat fut… Comique.

Le but était de convaincre une de mes charmantes collègues (que j’appellerai Va) d’arrêter de fumer. C’est une simulation je le rappelle, le formateur voulant nous évaluer sur notre façon de nous adresser à notre interlocuteur et de gérer les éventuelles tensions qui surviendraient sur un sujet aussi glissant.

_ Le formateur : alors que diriez-vous à Mademoiselle pour lui faire comprendre qu’elle compromet sa santé et met son budget en péril en continuant à fumer ?

_ Tout le monde : heu… T’as pris un contrat obsèques ?

_ Va : bande de salauds…

_ Le formateur : …

Voilà, à défaut d’avoir appris un langage commun, on a au moins une opinion commune : FORMATION DE MERDE !!!

6.8.08 12:10


Délivrance.

J’ai parfois l’impression que la vie s’éteint un peu avec l’enfance, que le rêve et les couleurs s’étiolent. Tout tombe dans la nuance de gris. Les gens se croisent, parfois se serrent, se regardent sans se voir, se confrontent sans se comprendre.

On aurait pu nous prévenir, mettre une pancarte : « vous entrez dans le monde des adultes et du travail, laissez votre enfance devant la porte».

Il y a ceux qui ne s’en rendent même pas compte, errant dans un monde qu’ils n’ont pas appris à refuser, avec des valeurs qu’ils sont incapables de contester…

 

Il y a ceux, un peu moins désespérés (quoique) qui n’acceptent pas cette réalité mais restent enchainés à leur fatalité. Attendant de pouvoir se réchauffer sous une flamme qui ne pourra, hélas, venir que d’eux-mêmes. Ils tournent sans fin dans leur propre désert… Ceux qui ne font un pas en avant que pour s’enliser un peu plus loin… En bons automates ils marchent la tête souvent basse, dirigés par les fils de leur histoire personnelle.

 

Et il y a ceux qui, envahis par un sentiment d’appartenance à un autre monde, se dressent en apôtres de l’individualité. L’individualité de ces marginaux qui émargent le bord du trottoir d’un pas traînant. Masse de rebelles ou rebelles de masse ?

 

Alors que reste-t-il ?

 

Face aux nuances de gris j’ai envie de balancer un seau de bruit, une caisse de vacarme. J’ai la musique comme courtisane, le Rock en amant-aimant qui me colle à la peau.

De la mélodie en barbelés qui écorche la carapace de ce monde, gorgée de révolte, parfois de mélancolie.

Des chants puissants et frénétiques à nous remuer les tripes.

Des rifs endiablés, parfois dissonants, qui raniment nos propres peurs, colères ou tristesses pour mieux les exorciser.

Mais par dessus tout des airs qui nous cracheront à la gueule la meilleure des leçons : « tu es en vie, alors crie, pleure, bois, ris, il n’y a de barrières que celles que tu te dresses ».

 

Le Rock ‘n’Roll musique du diable ? j’en rigole encore… Il n’y a de diable que dans les artifices d’un monde qui nous pousse à courber l’échine.

22.4.08 15:10


Les chenilles ça mord !

Non vous ne rêvez, non je n’ai pas bu non plus, et oui ma santé mentale va bien (quoique sur ce dernier point je me sens moins crédible bref). Derrière ce titre pour le moins étrange se cache une révélation scientifique susceptible de remettre en question les vérités si chèrement acquises par nos amis naturalistes et autres biologistes.

L’auteur de cette révélation ? L. Oui, ma déléguée principale (ou responsable de bureau), celle qui n’aime pas les filles, que personne n’aime, qui est alcoolique, qui pratique avec ferveur l’art du vernissage de chaussure, de la délation, et dont l’activité cérébrale rivalise avec celle d’un Koala sous cannabis.

Afin de bien situer le contexte, revenons quelques semaines en arrière. J’arrive au bureau un matin, à 9h10, soit avec 10 minutes de retard. Après avoir fini ma nuit dans les transports en commun, je me réveillai progressivement en marchant péniblement jusqu’à mon lieu de travail. C’est drôle comme l’idée de parcourir une distance qui nous démotive nous donne l’impression que celle –ci a été rallongée de quelques dizaines de mètres en une nuit.

L. est juste à droite en entrant, je la salue cordialement, ainsi que mes collègues, et je m’installe à mon bureau, dans ma forteresse aux remparts de dossiers, de gâteaux, de tasse à café, d’écran de pc. La pièce était assombrie par le temps gris et mélancolique d’un hiver qui n’en était pas vraiment un, et faiblement éclairée par la lumière des lampes de bureau.

Dans ce climat dont l’intimité contraste avec la pagaille de mon bureau, mes yeux quittent un instant mon écran pour dévier vers le visage de L., attirés qu’ils étaient par un drôle de reflet renvoyé par la lumière. Si j’avais su j’aurais dévié vers la machine Senseo.

L. était coiffée au bol, à la Nana Mouscouri mais en blonde et en plus moche (oui c’est possible). Mes yeux cherchaient nerveusement l’origine de ce reflet, jusqu’à dériver vers la bouche de L. : elle luisait… Sur le moment j’ai pensé que, pendant l’un de ses états alcooliques, elle s’était passée de vernis ou une crème grasse quelconque sur la moitié du visage. Mais quel boulet cette femme…

Si seulement il n’y avait que ça. Alors qu’elle se levait pour poser un document sur mon bureau, je vis enfin La Chose. Elle s’était avancée avec toute la force de sa mollesse et se pencha vers moi pour me parler à voix basse. Tout le contour de la bouche avait une teinte grisâtre, craquelée et luisante. Non je n’étais pas dans une nouvelle de Lovecraft, ni face à la Charogne de Baudelaire, mais j’aurais pu.

Du coup j’ai tenté l’auto hypnose pour oublier ce que j’avais vu : *non elle n’est pas là * non elle n’existe pas * non elle n’est pas moche * (ça marchera jamais çà par contre). Cette vision cauchemardesque ayant fait le tour de l’association, les théories les plus farfelues (ou pas) se sont répandues dans tous les bureaux. La plus en vogue : L. a loupé son injection de collagène… Et final, on y a tous cru. Mais quelle grosse truffe, elle a dû se murger avec son whisky et s’injecter son truc n’importe comment.

Mais non. La vérité était toute autre.

Un de mes collègues a osé lui demander ce qu’elle avait. Moi je me suis abstenu, j’avais déjà du mal à la regarder. J’ai jamais autant bossé d’ailleurs, elle devrait foirer son injection plus souvent, bref.

Et donc un de mes collègue (R), à côté de moi, ose :

R : L. tu as un soucis de santé, ou tu t’es blessée ?

L. : Oh ça c’est rien, c’est une chenille qui m’a attaquée.

Moi : *ne pas rigoler * ne pas rigoler * ne pas rigoler*

R. : Ah bon ? une chenille ?

L. : Oui elle m’a mordu pendant la nuit.

Moi : *NE PAS RIGOLER * NE PAS RIGOLER * NE PAS RIGOLER *

Je tiens à signaler à toute la gente féminine susceptible de me lire que j’ai désormais des abdominaux en béton armé (bah quoi ? ).

Bon d’accord je suis méchant, je devrais pas m’en prendre à L., elle n’a jamais eu de chance dans la vie, elle est seule, ça l’a fait sombrer et elle est devenue aigrie, au fond elle est profondément malheureuse et parfois je regrette de me moquer d’elle comme ça. De me moquer de mes collègues en général d’ailleurs.

Non je déconne. Personne ne m’aurait cru de toutes façons.

D’ailleurs on a retrouvé la chenille qui a mordu L. :

 


Elle a vraiment du avoir mal sur ce coup là. Bon je suis ingrat, grâce à elle maintenant tout le monde sait que les chenilles ça mord.

21.3.08 23:36


Mécanismes

Et là tout le monde se dit « Songe il sait plus quoi inventer avec son humour à la con maintenant il va causer bagnole ». Eh bien non… Même pas. Pour une fois les mots ne me porteront pas vers les horizons les plus farfelus de mon imagination, en réponse à une volonté de fuite de mon quotidien professionnel. D’ailleurs pour changer je ne vais pas fuir…

Je ne sais pas trop par où commencer, aussi je vais démarrer ce développement pompeux en citant les paroles d’une ancienne amie, avec laquelle je prenais un verre dans un pub. Une amie artiste, qui s’amusait à me dessiner pendant que je regardais un concert, et qui, face à ma tête de castor dépressif lâché au milieu d’une forêt déboisée, a eu la bonne idée de me dire : « tu es seul au monde et seul face au monde ».

Super…

Je ne suis plus en contact avec cette amie mais pourtant cette phrase m’est restée, prenant un sens différent et surtout plus nuancé au fil des années. Je parlais brièvement dans l’un de mes articles de la peur, de prison sans barreaux… Pour la plupart des gens il est assez facile, du moins pas insurmontable, d’aller vers les autres, de s’intégrer dans un groupe, de s’affirmer dans une soirée, de ne pas être complètement invisible. Pour la plupart des gens il est assez facile, du moins pas insurmontable, de s’intégrer et participer à une conversation dont le sujet ne les concerne pas, ou sans que l’on s’adresse directement à eux.

Mais pas pour moi. J’ai l’impression d’avoir des barreaux dans la tête et ça m’empêche d’avancer, d’aller vers les gens. Alors oui on peut se dire facilement que ce n’est que de la timidité et que ça se soigne etc. Si seulement il n’y avait que ça. J’ai continuellement peur d’aller vers les gens, peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur des personnes que j’aime, peur d’être abandonné, trahi, peur de passer un coup de fil parce que peur de déranger… Le genre de peur caractéristique quand on a un problème d’estime personnelle, et avec cette peur viennent des crises d’angoisse ponctuelles. Ça prend aux tripes, ça déforme les émotions, on voit tout de façon négative, on se raccroche de façon parfois excessive à nos proches, qui ne comprennent pas forcément et en viennent à nous trouver collant, pesant… Parce que c’est sûrement pesant pour les gens de rassurer sans arrêt, de témoigner un peu d’affection. Alors je ne le demande plus. J’essaie de prendre sur moi.

Et bien sur ça pousse au repli sur soi, repli qui alimente de nouveau cette peur etc. On se sent presque rétrécir, on se demande si le monde devient trop grand et menaçant ou si on devient plus petit et vulnérable. La mécanique de l’esprit est curieuse et perverse, surtout avec la peur comme carburant…

Et au final, à quoi ça sert ? Je suis plus en sécurité comme ça ? Conneries… La peur ne fait qu’emprisonner, à tel point que ça n’a même plus de sens. Ça m’a fait louper beaucoup de choses, gâcher pas mal de moments. Je me sens parfois vraiment « seul au monde et seul face au monde »… Même si je ne le suis pas forcément, du moins pas tout le temps, même si… Ce n’est qu’une conséquence de ce putain de mécanisme de repli sur soi. Et je ne parle pas des personnes un peu perdues (les filles surtout) qui ont vu en moi une relation affective proche pour m’écarter ensuite une fois que ça allait mieux (super les relations «tremplin », çà aussi ça donne confiance tiens.

Ça me coûte de m’intégrer à une conversation, de répondre « oui » à une invitation d’anniversaire, ou pour me rendre à une soirée entouré de gens que je ne connais pas forcément. Ça me coûte, parce que j’ai peur, je n’ai pas confiance en moi. Et quand je n’y arrive pas, les gens ne me parlent pas forcément, ne font pas attention, je me sens à l’écart, invisible, pas à ma place, alors je me replie, ce qui creuse encore plus le fossé.

Ça me coûte d’essayer de briser ces mécanismes, de dépasser mes peurs, mais je le fais, et je m’efforcerai de le faire le plus souvent possible, parce que j’en ai marre, et je refuse de baisser les bras. J’en ai marre d’être esclave de ces barreaux dans ma tête, de vivre sans vivre vraiment. Les gens ne le voient pas, et j’ai moi-même un peu honte de moi. J’ai parfois le sentiment que mes activités, que ce soit l’écriture, la photographie ou le sport, me servent à fuir, pour ne pas avoir le temps de penser… D’un autre côté ce n’est pas plus mal, et ce n’est pas non plus une « vraie » fuite, les activités physiques ou artistiques ont des vertus thérapeutiques, c’est bien connu.

Finalement nous sommes tous guidés dans nos choix et nos attitudes par toute une série de mécanismes, bons ou mauvais, que l’on doit à notre enfance, notre environnement familial, nos expériences, nos relations avec les autres… Nous sommes tous plus ou moins esclaves de notre histoire personnelle, tous conditionnés. Et pour vivre il faut refuser d’être esclave.

Je ne peux pas franchement dire qu’en ce moment je suis au meilleur de ma forme, ça me pèse, je suis fatigué, je dors mal, je mange peu, j’ai parfois envie de ne pas me réveiller le matin lorsque je vais me coucher le soir, d’oublier… Mais je sais aussi que je ne peux compter sur personne d’autre que moi, que personne ne fera les choses à ma place. Au final on est toujours seul face à soi… La dépendance aux autres n’est qu’un moyen de chuter de plus haut.

J’ai toujours tendance à me dire « si t’aimes pas ta vie changes la », ou « sauves toi toi-même ». Alors j’essaie d’avancer sinon je m’enfonce.

J’ai longtemps hésité à écrire tout ça, je me sens à la fois mieux et moins bien, une boule dans la gorge. La réalité prend une tonalité différente, d’un coup.

21.3.08 23:33


Le questionnaire.

9h00, heure du front.

Début de révolution.

Les troupes sont en places, les unités prêtes à attaquer, les munitions de dosettes Senseo en charge dans les cafetières.

J’arrive au bureau, dans un état proche de celui d’un Flambi démoulé à 30 cm au dessus de l’assiette… Mais qui est le con qui a tiré sur la languette ? ! C’est ce que je me dis tout les matins quand mon réveil sonne d’ailleurs… Bref.

Terminator ouvre les hostilités : distribution de questionnaires professionnels afin d’évaluer le profil des employés, leurs aspirations, les impliquer d’avantage dans la réorganisation du service, bref un truc bien sur le papier. Et nous allons passer un par un devant lui sur une période de deux semaines.

Alors évidemment, j’ai décidé de m’atteler à la tâche avec une immense rigueur, un sérieux à toute épreuve, afin de lui livrer mes observations les plus constructives.

Quoi ?

Comment ça je ne suis pas crédible ?

Bon ok, je l’ai quand même rempli ce fichu questionnaire, mais je m’en suis fait une version plus personnelle. Aller, prenons les questions dans l’ordre.

1/ Quelles sont pour vous les tâches les plus importantes de votre poste?

Veiller à l’approvisionnement régulier du stock de café, de thé, de chocolats et de gâteaux dans mon bunk… Heu mon bureau.

Veiller à ce que L. ne s’approche pas trop de mes tiroirs quand elle cherche des dossiers, ce qui met en avant mes capacités relationnelles couplées à des talents de diversion.

L. : Dis donc tu sais où est le dossier C-B ?

Moi : Près des déclarations de ressources, dans le second tiroir.

L : Ah d’accord, merci. Oh une boîte de gâteaux.

Moi : Non c’est au dessus ! Le tiroir du dessus !

L : Celui là ?

Moi : Oui voilà.

L : Ah y a pas de gâteaux là.

Moi : Ah ben non hein c’est quand même un lieu de travail, pas une réserve de nourriture (bah quoi ?).

  • Elle commence à me gonfler la vieille alcoolo là *

L : Et t’as pas une partie du dossier dans le tiroir du dessous ?

Moi : Non non !

  • touche à mes Pim’s chocolat blanc cerise et je t’explose sur le mur !*

Bon question suivante… Et mes collègues qui me disent « t’es déjà en train de préparer l’entretien ? » Hum...

2/ Quelles sont celles qui vous motivent le plus ? Celles qui vous motivent le moins ?

Le plus : le café (ou capuccino) du matin, pratiquement orgasmique celui là.

Le moins : les réunions de bureau avec L. (quoique avec un masque à gaz&hellip, les réunions tout court en fait.

3/ Quelles sont celles, selon vous, où vous réussissez le mieux ? Où vous réussissez le moins bien ?

Le mieux : survivre. Oui, Songe est une saloperie increvable. MOUAHAHA vous y passerez tous avant moi bande de nazes ! Hum je m’égare désolé.

Le moins bien : gérer mes émotions, parfois… Cela dit au bout de trois cafés je n’ai plus grand-chose à gérer, j’ai les nerfs tendus comme un string.

4/ Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre travail ? Comment pourrait-on les aplanir ?

Difficultés rencontrées : réussir à bosser avec une chef qui considère la notion de respect et de tact comme des concepts abstraits, avec des collègues corporatistes et parfois intrusifs…

Solution : gérer le conflit par le conflit, le seul truc qui a marché avec ma chef d’ailleurs. La notion de respect est devenue vachement plus concrète par la suite (avec ma main dans la gueule tu parles mieux connasse !). Je finis par faire comme un de mes collègues tiens, la technique du coup de boule verbal.

5/Comment pourriez-vous rendre votre travail plus intéressant ?

Je pense que le point de départ serait de rendre l’environnement de travail lui-même plus attractif. En effet nombre d’employés souffrent d’un manque de motivation, en partie due à un cadre de travail peu avenant. Les couleurs, la décoration intérieure, l’éclairage, sont autant de facteurs importants contribuant au bien être de chacun.

Il faudrait par exemple épingler le calendrier Aubade sur le mur (oui je ne perds pas le nord). Bon, j’accepterai en échange, afin d’harmoniser la qualité de l’environnement de travail tant convoitée au sein du service, d’offrir le calendrier des dieux du stade à mes collègues féminines. Je pense sincèrement que ce genre d’initiative peut avoir un effet stimulant sur les performances sex… Heu… Professionnelles.

6/ Quels types de responsabilités vous voyez vous assurer dans les années à venir ? Comment pourriez-vous vous y préparer ?

La bonne blague… Comme si on pouvait évoluer dans une association avec un budget déficitaire… Dans une association tout court d’ailleurs. C’est de la coucougnette en barre ce questionnaire. Un copier – coller des pseudo analyses de profils dans les grandes entreprises. Ça me rappelle les tests de recrutement que font passer les psychologues ratés (enfin les recruteurs quoi). Le but ? A terme, nous faire entrer dans un moule, comme les pions que nous somme tous. On place, déplace, replace, remplace. Le monde du travail n’est décidément pas celui de l’épanouissement personnel. Les qualités humaines sont aseptisées, isolées dans des tubes à essais. On parle de rentabilité, d’efficacité, de gestion du stress… Il faut porter un masque et ne pas être soi même, rentrer dans ce putain de moule, ne rien dévoiler d’exploitable. Et on dit « merci » au capitalisme.

Les responsabilités que j’assurerai à l’avenir ? Elles seront ailleurs, d’ici un an ou deux, le temps de grapiller quelques formations. Au moins un point positif tiens…

21.3.08 23:31


 [page précédente]



L'auteur du blog est responsable de tous ses contenus. Ouvrez votre blog sur 20six.fr ou myblog.de